Lignes de fuite

Du 13 octobre au 8 décembre 2016

Avec : Patrick Avrillon / Aline Biasutto / Olivier Bosson / Kamel Yahiaoui

Tout processus de création dialogue avec une condition mémorielle. Le cheminement de cette mémoire intime entre en résonnance avec d’autres mouvements : intersection du passé et de l’avenir, transversalité des identités, côtoiement de l’étrange, croisement des disciplines et des territoires.

Dans le cadre de la biennale « Traces en Rhône-Alpes » programmée en novembre 2016. Thématique : « Vous avez dit [crise des] migrants ? Figures d'hier et d'aujourd'hui ».

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Traces

Vernissage-Concert jeudi 13 octobre à 18h30.
The Sound Quartet (fondé par Thomas Bjelkeborn et Philippe Moënne-Loccoz), invite Nadia Ratsimandresy (Onde Martenot), Paul Pignon (saxophones et ordinateur) et Raquel Meyers (vidéo). En résidence de création aux Abattoirs et au Studio Acousmuse de Bourgoin-Jallieu. Entrée libre.


Visite commentée samedi 19 novembre à 14h.

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Après un cursus universitaire qui le conduit à une agrégation d’Histoire et Géographie, Patrick Avrillon enseigne l'Histoire des arts et le Cinéma. Dès sa rencontre avec Pierre Davidovici, il partage son activité entre films documentaires et art vidéo au sein de Séléné Productions, société de production que Pierre Davidovici et lui-même ont créée.

La ligne qui sépare No Trespassing et Route 6, les deux oeuvres que l'artiste a choisi de présenter pour LIGNES DE FUITE, prolonge ses différents axes de travail : la relation de l'homme avec le paysage; la quête de liberté; l'intime et l'universel; les dérives liées à l'évolution...                                                                                                                                           © patrick avrillon. Tous droits réservés

Aline Biasutto questionne les politiques de l'image, son potentiel de résistance à la représentation
et à l'interprétation. Ses images, photographies, vidéos, et dessins sont proches de l'explosion,
ou au bord du silence. Tout en laissant place à la sérendipité, à l'émerveillement, le travail d'Aline
Biasutto convoque à la fois l'histoire contemporaine et la littérature. A travers un questionnement
sur la perceptionsensible des images, son travail impose une dialectique poétique entre l'auteur
et le spectateur, entre le local et l'universel, entre langage et image.

   © aline biasutto. Tous droits réservés.

Aline Biasutto est née en 1980, à Lunéville, France. Elle vit et travaille à Paris.
Diplômée de l'Ecole des Beaux-Arts de Montpellier;elle a exposé récemment à la Conservera,
Ceuti, La Brasserie Centre d'art, Foncquevillers, Galerie Michel Journiac, Paris et au Musée
d'art Moderne de Moscou.

Site d'Aline Biasutto

Image : Ecstasis II - Explosions : pastels sur papier, 75 X 106 cm, 2013.

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Tropique, un film réalisé par Olivier Bosson, en résidence à l'arteppes en 2014 et 2015 : 250 acteurs et figurants recrutés au quartier des Teppes à Annecy et dans les environs pour cette grande fresque où se croisent plusieurs histoires : la mondialisation avance, la métropole s'étend, des géomètres actualisent les tracés, des migrants débarquent, des voisins xénophobes se verraient bien partir jusqu'en haut des montagnes. Chacun se fait son film. Il va y avoir du sport et des coups de bâtons !

  
© olivier bosson. Tous droits réservés.

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Projection exceptionnelle de Tropique le 24 novembre à 18h / salle de spectacle de la MJC teppes.
Gratuit - sur réservation.

Production Offre Spéciale & l'arteppes-espace d'art contemporain.
Un film réalisé dans le cadre de la résidence d'artiste 2015 de l'arteppes, espace d'art contemporain de la MJC teppes centre social maison de l'enfance, à Annecy.
Avec le soutien de la région Rhône Alpes (Fiacre) et du département de Haute Savoie - Sortie 2016
Image Olivier Jacquin / Son Antoine Bailly / Régie Franck Wolff / Assistant Réalisateur Julien Chorier / Assistante chef opérateur Laurie Moreau 
Avec Eva Hadjal, Solène Georget, Mathilde Pasquier, Clément Portas, Shana Barragan, Nicolas Duret, Elodie Tobé, Raphaël Esposito, Jéromine Salvi, Théo Grapin, Marion Priem, Jonathan Guebey, Khalid Boukamel, Bertrand Ninet, Alexandra Robert, Chloé Tran-Guy, Caroline Gosset et Philippe Wicht.
Ce film a bénéficié de l’Aide au film court du Département de la Seine-Saint-Denis.

Olivier Bosson prépare actuellement un film participatif pour la Biennale Internationnale Design Saint-Etienne, Working Promesse, les mutations au travail, du 9 mars au 9 avril 2017.

 Site d'Olivier Bosson

Bande annonce tropique

La genèse de l’œuvre de Kamel Yahiaoui se conçoit avec sa vie, de sa naissance à ce jour.
L’œuvre, la démarche de l'artiste s'enrichissent des réalités de son vécu, passant par tous les chemins, du plus cahoteux, à l'avenue tranquille quoique cette dernière ne soit pas la plus fréquente.
C'est la somme de ses expériences qui ont forgé ses idées, de ses révoltes à ses émerveillements, la somme de ses vécus, sa sensibilité peu commune au sort de ses frères et sœurs humains ont déclenché ce désir, cet impétueux désir de créer. Cette obsession, cette force de continuer toujours. Le besoin est irrépressible, urgent.

 
 © kamel yahiaoui. Tous droits réservés.

Il est né en Algérie en 1966, passe son enfance jusqu'à son départ en France au début des années 90, à la Casbah d'Alger. Lieu magique, objet de tous les fantasmes occidentaux. L'architecture ottomane des lieux est à la fois paradoxalement d'une grande magnificence et complètement en ruines.
C'est en soi cette Casbah grouillante de milliers de vies, liées par la pauvreté, la proximité, où la vie du matin au soir est remplie de contraintes pénibles, d'inventions pour survivre et d'imagination qui forgera son esthétique et ses convictions.
Comment ne pas être frappé par le cortège des ânes ramasseurs d'ordures dans les ruelles étroites, les milices de rats et de chats qui quadrillent les rues. Il faut se parler pour s'en sortir, les occasions de rencontres ne manquent pas : la grande toilette se fait aux bains maures, le linge des familles de chaque maison sèche sur la terrasse, la vaisselle se fait dans la cour intérieure. La vie est une succession de partages des lieux, des ressources. Cette réalité Kamel ne l'a pas fantasmée, aperçue furtivement, il l'a vécue, éprouvée jour après jour. C'est l'histoire de ce pays dont il est imprégné, qu'il revit œuvre après œuvre, avec ses pigments, ses doutes, sa mise en scène.
Très tôt, il a su dans son travail transformer en richesse toute l’ambiguïté de son pays, ses racines entremêlées, berbères, africaines, arabes, méditerranéennes. Algérois d'origine kabyle, il a retrouvé dans ses voyages en Afrique subsaharienne les traces de sa culture maternelle berbère, très tôt il s'est affirmé comme Africain.
La condition humaine et l'injustice sont pour lui des combats sincères auxquels il ne peut échapper sans se trahir ni trahir son histoire.
Le public, puisqu'il s'agit bien de cela aussi, de donner à voir, partager, est touché par ses œuvres, quelle que soit sa culture, il s'y reconnaît toujours pour lui-même.
Kamel fuit la séduction de manière viscérale, son œuvre suscite toujours des réactions fortes , averti ou non, on est "piégé" par ses œuvres, il faut chercher, décoder ce qui s'impose par l’œuvre. L'émotion est toujours au rendez-vous quelle qu'elle soit.
Son œuvre-sa vie, impossible de passer la plus fine lame entre les deux pour les dissocier.
C'est ce qu'y trouve le spectateur, ce qu'il ressent : l'absence totale de tricherie, une intégrité à l'épreuve de la vie, des commerçants d'art. On oublie ici les notions de production, de mode, on sait tout de suite qu'il s'agit de quelque chose de plus profond, de plus nécessaire ; il y a ce souci de durée, un rapport au temps névrotique qui cherche à transcender notre finitude. L’urgence de mettre en œuvre est palpable. On est dans la mémoire, dans l'histoire, tout ce qui nous lie les uns aux autres, ici et maintenant mais aussi avec ceux d'avant et d'après.
Kamel est un infatigable chercheur, rien n'est simple mais tout finit par se mettre en place et prendre du sens.
Dans son enfance Kamel sera fortement marqué par l'extraordinaire inclination des femmes de sa famille à poétiser leurs grands moments de joie ou peine, la poésie ne le quittera jamais, elle est indissociable de son travail de plasticien, même si elle relève plus chez lui de l'intime, elle tient une grande place tout comme la chanson chaâbi ou la chanson arabo-andalouse qu'il pratiquera dans sa jeunesse.
Jeune homme, ses prédispositions pour le dessin et la peinture prennent le dessus, il va entrer à l'École Nationale des Beaux-Arts d'Alger. Il y restera en tout quatre ans, faisant preuve d'une maturité étonnante, investissant son sérieux, sa concentration dans un panel de cours, délaissant les autres, avec un argument, déjà impérieux, le temps ! C'est dans ce lieu unique à Alger où la vie, les relations à l'autre, à la femme notamment, ne sont pas régis par les mêmes codes qu'à l'extérieur qu'il fréquentera les plus grands artistes et professionnels d'Alger et sera remarqué par eux.
Aux Beaux-Arts passe un grand artiste que Kamel nommera "professeur clandestin", Abdelwahab Mokrani. Avec l'un de ses jeunes amis peintres, Slimane Ould Mohand, Kamel passera des jours, des nuits à suivre Mokrani lors de ses déambulations dans la ville, dans ses discussions qui s'apparentent plus à des conférences, une aubaine pour ces deux-là car Mokrani exerce devant eux son œil aiguisé et critique, sa remarquable intelligence, tout à la fois coupante et délicate, partage ses connaissances, son expérience. Ce professeur sera formateur pour Kamel, de façon définitive.
Kamel travaillera beaucoup à Alger, très vite il investit des supports révélateurs de sa personnalité engagée contre l'injustice sociale qu'il subit avec ses semblables des quartiers populaires d'Alger. Cet engagement, il l'affirme avec force dans ses premiers travaux: La sueur des pauvres, sur les dockers qu'il rencontre aux Bains maures de Soustara où il a habité faute d'espace chez lui; la crise du logement sévit déjà, elle touche encore aujourd'hui une grande partie de la population de la Casbah. Suite aux événements d'octobre 1988, où plus de 400 personnes ont trouvé la mort et où des centaines de jeunes sont arrêtés et torturés, il entame un travail contre la torture: On torture les torturés. Son travail prendra forme, dans des conditions parfois terribles, mais un ailleurs l'attire, son champ d'expériences doit s'élargir, son désir de liberté s'exercer.
Deux cents francs en poche, une vague adresse française, il quitte l'Algérie pour Paris.
En France, la grande bataille sera celle de l'exil, il rejoint la grande famille des exilés d'hier et d'aujourd'hui, les côtoient pendant les douloureuses années 90. Ces années ont laissé aux Algériens, aux artistes et intellectuels premiers visés, une perturbation, un court-circuit dans la façon de penser le monde, l'humain, la vie même. Pour Kamel, il faut travailler, dénoncer, en se montrant, en montrant que l'on existe. Kamel a été l'initiateur de nombreux projets d'exposition, pendant cette décennie, urgence de dire, de faire, donner à voir.
La condition humaine prend une place considérable dans son œuvre. Il dénonce sans ambiguïté l'intégrisme qui sème la terreur en Algérie avec sa série Tragédie sur scène . En 1994, il s'installe à Paris dans l'atelier de la rue des Thermopyles (14ème arrondissement) et entame une longue quête sur la mémoire identitaire. Il se positionne comme artiste africain, soulignant : « ce n'est que le nègre en moi qui s'exprime». Commence alors le travail sur les valises, trois séries de valises se suivent dont deux reprennent les titres de Kateb Yacine : Mohamed reprends ta valise , La Valise un toit ambulant puis Les Ancêtres redoublent de férocité. Kamel Yahiaoui dit à bon escient «je n'en finis pas avec la valise, c'est mon domicile». Il travaille avec acharnement sur des sujets graves. Plusieurs séries d'œuvres s'enchaînent :Spasmofolies, Les chercheurs du jour, Le square des innocents, L'homme manuscrit, L'homme et son état , Les enfants soldats , La mémoire séquestrée. La mort de son père le conduit à l'affrontement plastique avec la mort : il réalise un travail Mon père est un peuple à partir des vêtements que ce dernier portait avant sa mort.Sa réflexion s'oriente sur les violences raciales, coloniales et ethniques qu'il dénonce sans répit à travers un travail mûrement réfléchi sur les déportations, hommage aux victimes de la différence et de la domination.
Absent d'Algérie jusqu'en 2000, il est revenu en force sur la scène algérienne avec une exposition symbolique au Musée des Beaux-Arts d'Alger, premier grand événement pictural de l'après terrorisme avec la Fondation Asselah.
L'exposition Rideau d'interrogation que réalise Kamel Yahiaoui en février 2006 au Centre Culturel Algérien de Paris provoque une polémique. Il y dénonce en effet trois grandes déportations, celle des Africains par les négriers, celle des Algériens en Nouvelle-Calédonie et en Guyane après la révolte de 1871 et celle des Juifs durant la seconde guerre mondiale (cf article de Harry Bellet, dans le Monde, 3 mars 2006). La série Déportation, les extincteurs de dignité est ainsi peinte sur des jerrycans d'essence datant de 1943 et 1945. L'évocation de la Shoah suscite la colère d'une partie de la presse algérienne. «il est vrai que je suis le premier artiste appartenant par éducation à la culture berbéro-arabo-musulmane à traiter de ce sujet», déclare alors Kamel Yahiaoui qui précise : «je lutte contre toutes les formes de racisme, d'antisémitisme et contre tous ceux qui minimisent la dimension universelle des génocides et la non-reconnaissance de tous les crimes contre l'humanité». Kamel Yahiaoui persiste dans sa tache sans condition dans une lettre digne d'un manifeste contre la haine des Hommes, il considère son action comme un devoir. Incontestablement face à l'œuvre de Kamel Yahiaoui la vie a un sens, ses personnages témoignent des obscures dominations et manifestent de la résistance. Aucune concession ne peut l'atteindre dès qu'il s'agit de la dignité humaine, il habite son art et invite généreusement les gens à partager. Très affecté par les souffrances sans fin du peuple palestinien il lui a dédié une série d'œuvres Les enfants des Intifada, en 2008, il crée une installation foudroyante, La Palestinienne ainsi qu'un poème Palestine dédié aux victimes du massacre de Gaza qu'il qualifie de crime contre l'humanité. Kamel Yahiaoui déclare «le jour où j'arrêterai l'art, vous pouvez préparer mon cercueil». Kamel est aussi poète, comme beaucoup de membres de sa famille de tradition orale; plusieurs poètes ont inspiré ses œuvres.
Parmi beaucoup d'autres thèmes qu'il traite, il persévère dans sa quête humaine «je ne fais pas de la politique, je la dénonce quand elle va à l'encontre des valeurs humaines que je porte» affirme Kamel Yahiaoui. Son œuvre n'en finit pas de lever les voiles et on ne finit pas d'écrire, il vit et travaille à Paris, expose ses œuvres à travers le monde.
Nathalie Claud

Site de Kamel Yahiaoui

Image : Les hommes en ruine, technique mixte : pompes à essence, radiographies, rétroéclairage, 40 X 60 X 140cm, 2015.

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