Piloter une aquarelle - Xavier Chevalier.

Du 5 mai au 16 juillet 2015.

Un projet transversal dans le cadre du Réseau d'Echange Départemental pour l'Art Contemporain de Haute-Savoie

Dans le cadre d’un projet transversal au sein du Réseau d’Echange Départemental pour l’Art Contemporain de Haute-Savoie, et en partenariat avec différentes structures du département, l’arteppes - espace d’art contemporain présente « Piloter une aquarelle », une exposition de Xavier Chevalier.

L’artiste, qui participera au 30ème Rallye Régional des Bauges les 10 et 11 octobre 2015 au volant d’une voiture transformée pour l’occasion en aquarelle à partir d’une œuvre de son père, présente des productions dont le mode d’expression se situe à la croisée des langages de l’art contemporain (vidéos, installations, œuvres sérielles…) et de la performance sportive (sponsors, identité visuelle, promotion commerciale, …). Un ensemble d’aquarelles de Jean-François Chevalier est intégré à l’exposition.

Exposition réalisée avec le soutien de Ville d’Annecy et du Conseil Général de Haute-Savoie, et en partenariat avec l’artothèque-bibliothèque Bonlieu Annecy, le FRAC Alsace, MCB Rallye Compétition, Exit Art.

l’arteppes est Membre du Réseau d’Echange Départemental pour l’Art Contemporain de Haute-Savoie.

 
INFOS PRATIQUES :
Entrée libre
Vernissage le mardi 5 mai 2015 à 18h30 / Visite commentée le samedi 13 juin 2015 à 14h
Horaires d'ouverture : du lundi au jeudi, 9h-12h / 14h-18h30, le vendredi sur rdv. Fermé les jours fériés

Retrouvez toutes les infos sur

www.facebook.com/piloteruneaquarelle

CHEVALIER SPORT / Piloter une aquarelle fait suite à OPERATION RALLYE, un projet réalisé par Xavier Chevalier de 2005 à 2007 et qui s’est conclu par la participation de l’artiste au 22e Rallye des Bauges les 13 et 14 octobre 2007 lors d’une performance réalisée en compagnie de son copilote Stanislas Miguet, au cours de laquelle trois caméras, installées à l'intérieur de l'habitacle de la voiture, filmaient le pilote, le copilote et la route. Le triptyque vidéo a été acquis par le FRAC Alsace par commande à l’artiste en 2005.
Dès le début de l’opération (qui est, comme chacun sait, un processus visant à obtenir un résultat à partir d'un ou plusieurs objets, ici une voiture), on remarque l’association inhabituelle de partenaires de la compétition automobile : la Fondation Claudine et Jean-Marc Salomon pour l'Art contemporain, les Frac Alsace et Provence-Alpes-Côte d'Azur, l'Association Rhinocéros, le magazine Art Press, l'imprimerie Art Exit, MCB Rallye Compétition…
De juin à septembre 2012, l’exposition Piloter une aquarelle, organisée à l’artothèque-bibliothèque de Bonlieu, à Annecy, par Christiane Talmard, avec l’acquisition d’une photographie présentant l’autoportrait de Xavier Chevalier recouvert de sa cagoule de pilote, préfigurait de la version actuelle du projet et de sa présente étape à l’arteppes.
2005…2015, dix ans se sont écoulés depuis la genèse du projet jusqu’à la préparation de cette nouvelle course contre la montre qui se déroulera dans les Bauges les 10 et 11 octobre 2015, et durant laquelle la voiture sera là aussi équipée d’un système de captation vidéo en vue d’une nouvelle création.
On pourrait, non sans un peu d’humour, tenter de conceptualiser ce projet en lui appliquant la formule « du rapide dans du lent ! », mais le questionnement de l’artiste ne se satisfait pas des réductions, car il s’attache à construire une dialectique plus complexe qu’elle n’y parait en ce qu’elle s’exprime simultanément dans le réel et dans l’imaginaire. La réalité d’une action brute accomplie dans la vitesse avec concentration et énergie et l’imagination du romantique propulsé dans le paysage au volant de son œuvre-machine.
Creusant un nouveau sillon dans celui laissé à la fin des années 60 par les Nouveaux réalistes, qui s’employèrent à s’approprier la profusion d’images et d’objets comme autant de symboles sociaux de la production, de la consommation et de la destruction, Xavier Chevalier reconsidère sous un nouvel angle la rigidité des catégories, le poids des déterminismes dans la production et la relation technique de l’homme au temps dont il confie la maitrise aux objets qu’il fabrique.
Un rapide tour d’horizon d’œuvres plus anciennes indique déjà la présence de ce questionnement quant aux modalités, aux usages ou aux conventions par l’appropriation, l’aménagement ou l’interaction entre œuvre, espace
et public …
en 1997, Transporter (installation modulaire de gradins et camionnette chargée d'agglomérés) où la présence de la voiture et des gradins présage déjà
de l’idée du spectaculaire dans un dispositif intégrant les spectateurs;
en 2002, Sans titre, une surface réfrigérée dans un centre d'art (2 dalles
de glace vive de 400 x 800 x 20cm, alimentées par un dispositif réfrigérant); en 2003, Sans titre (dispositif son et parquet), présentée à attitudes,
et Le plan de travail (un rouleau compresseur sur plateau en loupe de noyer
et tréteaux);
en 2006, Les leurres, installation réalisée pour l’exposition Ravissements
à la Chartreuse de Mélan (6 photographies numériques marouflées sur alu, sur structure acier "Axo France")
… perturber la réalité du lieu en y juxtaposant une autre réalité.
Car pour Xavier Chevalier, le pilotage de cette aquarelle requiert l’appréhension de deux notions simultanées :
d’une part, un engagement personnel ayant pour objet la maitrise « quasi » parfaite des commandes et des paramètres – quasi, dans la mesure où l’approche scientifique de ces paramètres tend à repousser plus loin les limites de cette maîtrise – rentrant en jeu dans le déplacement sinueux d’un objet de plus d’une tonne propulsé par 250 CV le temps d’une course;
d’autre part, une expérience collective où chacun, à sa mesure, nourrit et se nourrit d’un événement en préparation. Il ne sera donc pas si aisé pour le spectateur d’identifier le « cœur » du projet, ni pour le visiteur de profiter tout à fait de sa visite pour faire le « tour » de l’exposition, car Piloter une aquarelle est avant tout une pulsion, une impulsion, une projection, une trajectoire qui s’inscrivent dans le temps plus que dans l’espace : le temps du projet/le temps de la course.
Ce concept de simultanéité est sans doute présent dans l’acte de créer dès son origine - l’objet d’art et l’objet de l’art - mais sa puissance expressive a été transcendée par l’art de la performance du début de la seconde moitié du 20ème siècle jusqu’à nos jours. Il y a donc chez Xavier Chevalier, vis-à-vis des modalités de production, une attitude post-moderne, poursuivant cette remise en question par le modernisme de la hiérarchie entre culture élitaire et culture populaire, en y intégrant des notions de superposition (le volant/l’aquarelle/le circuit), de collage (l’adhésif), de dédoublement (l’artiste/le pilote), de contraste (le développement du projet/la fulgurance de la course), ainsi que des langages pluriels, comme le marketing ou la communication.
On trouvera, parmi les sources d’intérêt et influences plus ou moins directes de l’artiste, le Futurisme italien (1909) et son pendant russe cubo-futuriste (1912), le Cabaret Voltaire à Zurich, d’où émergea le mouvement Dada (1916), les expérimentations et happenings du laboratoire Fluxus (à partir de 1952) et l’actionnisme viennois (de 1960 à 1971, année de naissance de Xavier Chevalier), ainsi que deux signaux majeurs des tumultes à venir :
L'Art des bruits (L'arte dei Rumori), manifeste futuriste écrit en 1913 par le peintre et compositeur Luigi Russolo, et la pièce 4’33’’ composée en 1952 par John Cage - lui-même inspiré par la philosophie zen et les ready-made de Marcel Duchamp - qui consiste pour l’interprète à faire silence durant 4 minutes et 33’ secondes.
C’est dans cette tension entre bruit et silence, mouvement et immobilité, qu’il faut chercher le sens de l’engagement de Xavier Chevalier. Car il s’agit bien ici d’un geste artistique revêtant une dimension sociale. Et d’aucun songerait à ajouter Piloter une aquarelle à l’inventaire des Gestes que Ben, le plus Fluxus des artistes vivant, réalisa de 1958 à 1972 : … Hurler… Tout signer… Choisir au hasard… Faire des grimaces… Se coucher dans la rue… Attendre… Descendre le var… Tracer et signer la ligne d'horizon…
On ne manquera pas de souligner le parallèle entre ce que représente l’art (un processus intime) par rapport à la culture (une expérience communautaire), et ce que représente la performance individuelle (la course) au sein d’une expérience collective (le spectacle).
ll y a à cet égard chez Xavier Chevalier un plaisir certain à envisager le maniement des commandes principales de l’engin (volant, pédales, levier) au sein d’une commande institutionnelle et partenariale, en sollicitant chez chacun la capacité à imaginer ce que peut représenter la fusion des deux, avec ces questions inhérentes à tout projet artistique : quels moyens de production et de diffusion… quelle durée… qui dirige le projet… comment garantir son équilibre… qui en maîtrise la communication… etc.?
Des questions qui nécessiteront d’instaurer une confiance mutuelle, et de partager la volonté de « bouger les repères », en s’aventurant dans un endroit possible.
Si le rallye automobile et la pratique de l’aquarelle demandent chacun à leur manière une virtuosité dans leur vitesse d’exécution, il ne s’agit pas tant d’aller le plus vite possible - sauf à aller dans le décor pour le pilote ou dans le décoratif pour le peintre ! - que de gérer le potentiel qu’offre le matériel en regard de la surface investie :
il en va de la feuille de papier silencieuse comme de cette petite route touristique transformée pour l’occasion en circuit bruyant.
Il en va aussi des pigments en suspension dans le milieu aqueux qui produisent leur effet bien après que soit terminée la course du pinceau, comme de la sensation produite chez le spectateur juste après le passage de la voiture.
Et même si le carburant de ces deux aquarelles est fort différent, on observe alors chez Xavier Chevalier et Jean-François Chevalier, dans la parenté de ces surfaces intimement liées au paysage, un dialogue propice à faire émerger de l’abstraction dans de l’hyper représentation – celle du thème du paysage concomitant à la technique de l’aquarelle et celle du bolide absorbant le paysage. 

Olivier Godeux

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